Message de Stanislas Bonnet, directeur des centres sociaux de Rillieux-la-Pape

Au lendemain des attentats de janvier, nous étions tous Charlie. On a vu fleurir les initiatives, les échanges de mail, les conversations téléphoniques et surtout ce grand élan de solidarité du 11 janvier. 

Ce qui me frappe après ces derniers attentats du 13 novembre, c’est le silence assourdissant qui  nous entoure. Le silence d’une salle d’attente d’hôpital où l’on est gêné de parler, de regarder son voisin, même si l’état de santé du patient à qui l’on est venu rendre visite vous accapare tout entier. Peut-être Paris, au cœur de la tourmente, bruisse-t-elle de plus de commentaires et d’échanges.

Il est vrai que ces attentats ont instillé une peur nouvelle, celle d’un acte dont tout un chacun peut être victime. Avec Merah puis Charlie, c’était des journalistes, des juifs ou des militaires ou policiers. Terrible, mais des personnes ciblées, l’autre. Il y avait déjà eu des attentats aveugles à Paris, mais sans ce caractère méthodique, multisite et coordonné.  Aujourd’hui tout le monde se sent une cible potentielle, sans compter tous ceux qui ont une connaissance ou un ami d’ami qui a été touché directement par les attentats de Paris.

Par ailleurs, face à cet acte au caractère monstrueux voire apocalyptique, où l’on tue pour tuer, nous n’avons sans doute pas les mots pour le qualifier, pour l’expliquer ou le comprendre. Notre vocabulaire n’est pas assez riche, notre pensée n’arrive pas à mettre des mots sur cette barbarie.

Enfin, le langage guerrier qui domine nous déroute, la cause à défendre est moins précise : il n’y a plus cette mobilisation pour la défense de notre liberté d’expression si chèrement acquise. Le combat qui se profile est moins consensuel finalement, même si l’on pouvait penser que l’on avait plus à faire la part des choses entre Je suis Charlie et Je ne suis pas Charlie. Notre société se clive entre la recherche de plus de sécurité et de la défense de nos libertés. Prenez la parole pour parler de vivre ensemble et vous vous ferez taxer de bisounours. Contestez le discours sécuritaire et on vous rétorquera que vous êtes un inconscient.

Après avoir échangé avec plusieurs personnes, je comprends et respecte ce silence qui est une façon de se protéger : chacun réagit à sa façon, certains sont dans l’action, quand d’autres préfère l’introspection, la nécessaire prise de distance.

Mais ce silence est empli de vacarme. Vacarme des médias, dont il faut toutefois souligner une meilleure appréhension des enjeux après les attentats de Charlie, mais dont l’actualité 24/24 nous envahit l’esprit ; vacarme des médias sociaux qui commencent leur œuvre de propagation des théories complotistes, des explications foireuses et des messages de haine ; vacarme de certains politiques n’ayant pas attendu plus de 24h pour reprendre une campagne électorale dure où la peur est un argument de vote ou de vente.

Faisons aussi attention que ce silence ne laisse pas la place à ce que veulent les terroristes : un monde où chacun se replie sur soi, se méfie de l’autre, remette en cause notre société ouverte et tolérante au profit d’une approche sécuritaire à outrance et d’une remise en cause de nos liberté.

Car ce sont bien les trois valeurs de notre devise qu’il faut préserver : l’égalité, la liberté et la fraternité, chacune ayant son sens et devant être protéger comme les autres.

A notre niveau, nous pouvons tous agir pour que la peur ne prenne pas le dessus (et il nous faudra bien « vivre avec » comme le titre le Monde dans son supplément). Si nous ne pouvons agir qu’à la marge sur les aspects sécuritaires, nous pouvons préserver cet esprit du vivre ensemble ou peut-être plutôt du faire ensemble, dans notre quartier, notre voisinage, notre entreprise, notre famille.

Loin de moi une quelconque idée moralisatrice, mais l’envie de réagir et faire réagir pour aller vers l’autre, rester unis, s’épauler…

Publié par

Julien Bastide (modérateur)

chargé de communication FCSF / webmestre du site www.centres-sociaux.fr.

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